La générosité des milliardaires high-tech
Décryptage d’une pratique courante aux US
Publié le 10/02/2012, par Isabelle Boucq
L’entrée en bourse annoncée de Facebook donne le vertige. En plus des 5 milliards de dollars que Mark Zuckerberg espère lever, la société alimente déjà tout un « écosytème » économique. Une autre façon de partager – un mot cher au réseau social – est de donner généreusement à diverses causes. Un chemin emprunté par la plupart des entrepreneurs américains qui ont fait fortune. Zuckerberg fera-t-il exception ?
Les employés et les actionnaires de la première heure sont les grands gagnants de ces entrées en bourse. Après des heures de travail investies dans un projet prometteur, ils se retrouvent millionnaires ou milliardaires du jour au lendemain. Cet espoir nourrit le mythe de la Silicon Valley. C’est ce qui va arriver, par exemple, à Sheryl Sandberg, la directrice générale de Facebook qui va devenir une des femmes les plus riches de la Silicon Valley grâce au 0,1% de la société qu’elle détient. On estime que l’IPO de Facebook devrait créer un millier de nouveaux millionnaires.Mais dans un deuxième temps, cette nouvelle richesse est souvent redistribuée. C’est un principe bien établi aux Etats-Unis et la high-tech n’y échappe pas. Ceux qui réussissent se doivent de renvoyer l’ascenseur. Une partie de leur fortune doit contribuer à aider la société qui a favorisé leur ascension. C’est ce que la société attend d’eux. Education, santé, technologies, environnement, les fondations des entreprises ou des milliardaires choisissent souvent un domaine d’action.Mais la lettre de Mark Zuckerberg aux investisseurs potentiels n’est pas très loquace sur ce sujet, comme l’écrit Tom Foremski du site high-tech ZDNet . « La lettre de Mark Zuckerberg aux actionnaires potentiels était incroyablement vague au sujet de la mission sociale de son entreprise et il n’y avait aucune annonce d’une fondation charitable – comme Google l’avait fait en déposant le dossier de son IPO il y a 8 ans. »Mark Zuckerberg se moquerait-il des règles de savoir-vivre du parfait milliardaire ? S’il a besoin de d’idées, il peut se tourner vers Google ou Bill Gates pour quelques conseils. Sinon il peut se réclamer de l’école de Steve Jobs qui n’a jamais été un philanthrope ou alors un très discret.Google.org : la technologie au cœur des solutions

Cette entité se décrit comme le « bras philanthropique » de Google. En 2011, Google a donné plus de 100 millions de dollars en subventions et un milliard de dollars en dons en nature à des associations partout dans le monde. Les causes soutenues par Google se rangent dans quatre catégories : l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des maths, la scolarisation des filles dans les pays en voie de développement, l’émancipation à travers la technologie et enfin la lutte contre le trafic des êtres humains et l’esclavage moderne. Dans le passé, le géant d’Internet s’est aussi intéressé aux énergies renouvelables et à la santé. Dans tous les cas, les projets ont une forte composante technologique et utilisent le savoir-faire de Google. La société n’hésite à mettre ses produits en avant, par exemple en offrant aux associations bénévoles un accès gratuit à ses produits payants. Comme avec Google la compagnie, il est un peu difficile de suivre les différents projets de Google.org tant ils sont nombreux. On peut en avoir un aperçu sur ce site .Bill and Melissa Gates Foundation : santé et pauvreté
Depuis qu’il a pris sa retraite officielle de Microsoft en 2008, Bill Gates n’est pas resté inactif. La fondation qu’il dirige avec sa femme et son ami milliardaire Warren Buffet a une idée directrice : « chaque être humain doit pouvoir mener une vie saine et productive ». Elle s’attaque donc aux grands problèmes dans le monde : réduire la pauvreté et améliorer la santé. Aux Etats-Unis, elle se concentre sur l’éducation et l’accès aux technologies de l’information. C’est une grosse machine avec près de 1000 employés et plus de 26 milliards de dollars de subventions versées depuis ses débuts dont 2,6 milliards de dollars en 2010. La Bill and Melissa Gates Foundation a la réputation d’être gérée plus comme un business avec des objectifs et des évaluations des projets financés.Facebook : donner autrement…et plus tard
Ce n’est pas parce que Mark Zuckerberg n’a pas lancé sa propre fondation qu’il est un méchant égoïste. A l’appel de Bill Gates et de Warren Buffet (encore eux), il a signé The Giving Pledge , une promesse par une poignée de richissimes Américains de donner au moins la moitié de leur fortune. Quand et comment ? Les détails sont nébuleux. Le fondateur de Facebook avait également promis 100 millions de dollars aux écoles de la ville de Newark dans le New Jersey en 2010. Mais de façon générale, certains experts en management de fortune estiment que les nouveaux millionnaires de Facebook sont si jeunes – Zuckerberg a 27 ans – qu’ils sont encore loin de penser à leur postérité et à l’image qu’ils laisseront. Comme l’explique Robert Frank qui écrit le blog The Wealth Report dans le Wall Street Journal, « Typiquement, les gens ne pensent pas à ces trucs, la philanthropie, avant d’avoir 50 ou 60 ans. (Les employés de Facebook) vont acheter beaucoup de choses et ils ne vont pas donner grand chose avant longtemps. C’est une fonction de là où ils en sont sur le spectre de la richesse et le déroulé de leur vie. »Steve Jobs : pas un philanthrope non plus
Steve Jobs n’était pas connu comme un philanthrope. Avant sa mort, il avait apparemment refusé de se joindre à la campagne The Giving Pledge, n’avait pas de bibliothèque ou d’hôpital portant son nom suite à un énorme don et n’avait établi une fondation en 1986 que pour la dissoudre un an plus tard. A son retour à la tête d’Apple en 1997, il avait mis fin aux contributions charitables de la compagnie pendant une période difficile et ne les avait jamais relancées même après qu’Apple ait renoué avec les bénéfices. Il reste la possibilité que Steve Jobs ait fait des dons anonymes sans chercher la publicité. Il ne s’est jamais non plus servi de sa célébrité pour lever des fonds pour la recherche sur le cancer bien qu’il ait fait campagne pour que la Californie facilite les dons de reins. Mais il semble qu’Apple et sa famille aient été les deux seules « causes » pour lesquelles il se soit battu.