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La « peeragogy » ou apprendre ensemble


Howard Rheingold met la lumière sur une nouvelle manière d’apprendre
Publié le 03/02/2012, par Isabelle Boucq
   
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Parfois décrit comme l’Indiana Jones d’Internet, Howard Rheingold a vécu de l’intérieur toutes les évolutions de ce nouveau média. On lui attribue la création du terme « communauté virtuelle ». Depuis 25 ans, il a beaucoup réfléchi à l’impact de la technologie sur la société. Il s’attaque à un nouveau sujet : la « peeragogy » ou l’apprentissage entre pairs.


Howard Rheingold est un original. Toujours vêtu de chemises bariolées, chaussé de brodequins qu’il peint lui-même et coiffé d’un chapeau, il est haut en couleurs et réussit à ne pas se prendre trop au sérieux tout en s’imposant comme un expert et un innovateur très écouté depuis des années. Ces temps-ci, on le trouve sur les campus de Berkeley et de Stanford qui l’ont invité à offrir un cours sur les « social media », mais aussi sur les bancs de sa propre « université en ligne », Rheingold U. A base de rendez-vous hebdomadaires par vidéo et de discussions sur des forums, des blogs, des wikis et des sites de bookmarking, la Rheingold U se veut un modèle pour une nouvelle façon d’apprendre : la « peeragogy » ou « peeragogie » si on francise ?

« Il y a une nouvelle culture de l’apprentissage : ce sont vos centres d’intérêts qui vous conduisent à apprendre et l’apprentissage est centré autour de l’apprenant. Le processus permet à l’apprenant de poser ses questions, il est collaboratif et coopératif », expliquait Howard Rheingold lors d’une récente causerie sur le campus de Berkeley. Rien à voir avec l’enseignement traditionnel dans les universités qui, depuis l’époque de Gutenberg, concentraient les livres et les savoirs dispensés par un professeur à sa classe. Le nouveau modèle est éclaté et connecté à distance.

Cela n’a rien de révolutionnaire pour autant selon Howard Rheingold. Les humains comme les primates apprennent en regardant les autres autour d’eux et en les imitant. Depuis toujours, l’apprentissage se fait de pair à pair (peer to peer). Pour lui, la preuve est sur YouTube où on peut trouver la réponse à presque toutes ses questions de type « Comment fait-on ?.... ». Car aujourd’hui, les outils technologiques font exploser cette façon d’apprendre. Depuis 2008, il a construit une classe de social media ( social media classroom ). Développée en open source, elle est maintenant disponible en ligne gratuitement pour tous ceux qui souhaitent l’utiliser pour animer une classe exclusivement en ligne ou pour « augmenter » un cours traditionnel hors de la salle de cours.



Une salle de classe en ligne



Que trouve-t-on dans cette nouvelle classe ? Des forums pour continuer la conversation commencée pendant le temps de cours, des blogs et des wikis où les « co-apprenants » partagent leur travail, des outils de bookmarking pour leur permettre de partager leurs lectures, la possibilité de commenter par écrit ou par vidéo. Mais Howard Rheingold espère que ceux qui se serviront de ces outils partageront ce qu’ils apprennent sur cette nouvelle méthode. Il prévient, « c’est encore plus de boulot que d’enseigner de manière classique ».

La « peeragogy » n’est pas pour tout le monde, prévient-il aussi. « Il faut avoir envie d’apprendre quelque chose, trouver les ressources, s’engager à ce que les autres aussi apprennent. » Il est fasciné par la prolifération de plateformes dédiées à l’enseignement : Khan Academy, P2PU, School of Everything, Wikiversity ou encore, Einztein. Le concept des MOOCs (Massively Open Online Courses), des cours pouvant rassembler jusqu’à 100 000 étudiants dispersés dans le monde lui paraît aussi prometteur car des étudiants peuvent accéder à des enseignements qui leur seraient fermés autrement.


Des étudiants très impliqués



Un aspect important de ces nouvelles méthodes est d’impliquer les étudiants ou les co-apprenants comme préfère les appeler Howard Rheingold. Non seulement ils sont acteurs de leur apprentissage, mais aussi de l’enseignement. Dans ses cours, les étudiants sont chargés à tour de rôle d’enseigner une partie du cours.

Howard Rheingold soulève deux points importants pour l’apprentissage en ligne et, à vrai dire, pour tout internaute qui veut « consommer » Internet intelligemment. Le premier est la crédibilité de l’information. « L’autorité du texte est finie pour toujours », dit-il et les internautes, surtout les plus jeunes, doivent développer leur sens critique ou ce qu’Hemingway appelait « crap detection » (détecteur de conneries).

Il constate aussi une « catastrophe de l’attention » ou un déluge d’informations dans lequel il est bien difficile de trier. C’est d’ailleurs le sujet de son prochain livre à sortir ce printemps, Net Smart. Apprendre à identifier et à trier les informations qui nous sont indispensables est un talent qui est à la fois technique et mental. Dans sa classe à Stanford, la plupart des étudiants commencent avec leur ordinateur ouvert sur leur bureau. La compétition est rude et il faut savoir ramener l’attention sur l’important.

A son avis, la vraie fracture numérique dans 5 ou 10 ans ne sera pas entre ceux qui possèdent les appareils et ceux qui n’en possèdent pas. Mais entre ceux qui savent s’en servir et ceux qui ne savent pas. Sur ce point, il est en parfait accord avec Jean-Luc Raymond que nous avions interviewé en octobre et qui parlait de « fracture numérique de second degré » (Lire cet article). La prédiction d’Howard Rheingold est que dans les cinq prochaines années, les gens s’organiseront entre eux pour apprendre ensemble en utilisant la profusion d’outils aujourd’hui à leur disposition.




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